Le quartier de Griffintown

 

— English will follow —

Un ancien quartier industriel à l’identité singulière au coeur de l’actualité

© Ville de Montréal - Vue aérienne de Montréal

© Ville de Montréal – Vue aérienne de Montréal

Aux abords du canal Lachine, le quartier de Griffintown se trouve ceinturé par l’autoroute Bonaventure et le chemin de fer du Canadien National, deux ruptures avec le reste de la ville montréalaise. Aujourd’hui en perpétuelle mouvance, la question de son devenir est sur toutes les lèvres. Pourquoi avons-nous choisi d’en faire le point de rassemblement de ce festival, abordant par des conférences, des visites guidées ou encore des marches urbaines ses multiples enjeux ? Notre réponse est la suivante :

Jalon avant la modernité, cet ancien quartier industriel à l’identité singulière est à lui seul le catalyseur des enjeux patrimoniaux : aux vestiges industriels et archéologiques et aux habitations ouvrières se juxtaposent des tours de condominium et des espaces vacants nés de démolitions massives et de restructurations brutales. Spéculations immobilières et embourgeoisement sont synonymes de la nouvelle réalité que semble dessiner aujourd’hui ce secteur, résultat d’un zèle de la part de la municipalité et d’une règlementation trop laxiste. Notons à cet égard la prochaine tour à condo, architecture signature, dont le prestige repose davantage sur la renommée de l’architecte Philippe Starck que sur une intégration contextuelle.

Mais les prochaines années annoncent une tournure d’envergure ! En effet, la municipalité a revu son Programme Particulier d’Urbanisme de 2007 (PPU, Secteur de Griffintown, mai 2013). Celui-ci est ainsi davantage soucieux des enjeux patrimoniaux, et a gagné en cohérence dans les structures mise en place pour assurer la valorisation de l’existant. Mais c’est essentiellement à l’implication citoyenne, culturelle et artistique que nous devons une telle prise de conscience et le début d’un renouveau pour le quartier : dressée contre les nouvelles constructions et les aménagements urbains malheureux, celle-ci a su voir dès les années 1990 le potentiel du quartier, de ses espaces et de ses vestiges industriels, développant de nombreux projets qui cherchent à redorer la valeur sociale et communautaire de ses rues autrefois très actives. Griffintown serait-il donc un quartier en renaissance grâce aux initiatives culturelles ?

Par cet article, nous vous invitons à découvrir le Griffintown d’hier et d’aujourd’hui. Focus sur l’histoire du quartier et de ses lieux / projets / espaces urbains à surveiller !

Quelques moments clefs de son histoire

Du religieux rural à la prédominance industrielle [1800 – 1960]

À l’aube du 19e siècle, le territoire n’est que terres de pâturage pour le bétail. Connu sous le nom du « fief de Nazareth », celui-ci est alors la propriété de Jeanne-Mance et des futures Sœurs hospitalières de l’Hôtel-Dieu. Un paysage de villégiature qui est profondément transformé par l’événement du creusement du canal de Lachine (1819-1826), porte ouverte au développement économique, commercial et industriel de ce territoire. Élargissement du canal, développement du port et création des écluses (années 1950), construction du chemin de fer (1847) et du Pont Victoria (1954-1959), immigration d’une population ouvrière essentiellement irlandaise, etc., sont autant de facteurs qui engendrent l’arrivée d’un grand nombre d’usines, et ce jusqu’en 1961. Si la période qui suit témoigne de crises économiques, de pauvreté et d’insalubrité, le quartier conserve toutefois ses attraits industriels.

La désindustrialisation, la fin brutale d’une période d’effervescence [1960-1990]

En souhaitant faire de Griffintown un parc industriel, la ville initie le saccage identitaire et urbain du territoire. Le nouveau zonage mis en place fait du quartier un espace exclusivement industriel et empêche toute rénovation du vernaculaire, favorisant les démolitions des institutions et des habitations qui se dégradent progressivement. La trame urbaine, vidée de sa cohérence et de sa continuité, perd ses repères sociaux. Griffintown est parsemé d’espaces vides en quête de sens et d’aires de stationnement. La construction de l’autoroute Bonaventure ajoute une autre fracture mémorable à ce paysage chaotique : la rupture avec le Vieux-Montréal et le reste de la ville est clairement amorcée !

Un présent qui se cherche et lutte entre des visions dichotomiques [1990-2015]

Entre fractures et vestiges, le quartier est devenu le terrain de jeux de nombreux projets mêlant enjeux de conservation et perspectives de revitalisation économique, confrontant pour le meilleur ou pour le pire promoteurs, citoyens, artistes et professionnels en patrimoine.

Aujourd’hui, si les traces anciennes se comptent sur le bout des doigts sur ce territoire fondateur de l’identité industrielle de Montréal, il est d’importance de faire plus que jamais preuve de vigilance ! Voici donc, par la présentation de quelques lieux / projets / espaces urbains, un aperçu de sa richesse, de son potentiel et de son ambivalence :

Les lieux / projets / espaces urbains à retenir …

… pour leur audace : sauver de la démolitions par des initiatives contemporaines

  • Le Horse Palace et la New City Gas Company : l’implication de promoteurs.

Tout comme l’ancien complexe industriel fut préservé suite à l’arrivée du promoteur Harvey Lev, favorisant sa réhabilitation à des fins évènementielles (voir l’article La New City Gas Company), le Horse Palace, « une des plus anciennes écurie urbaine encore en usage en Amérique du Nord », a fait l’objet d’une grande campagne de financement pour permettre sa conservation et le maintien de sa fonction.

  • La Fonderie Darling et la Tour Wellington : l’implication artistique

Quartier Éphémère, un collectif artistique, fut l’initiateur du développement artistique dans ce quartier industriel suite à la réhabilitation de l’ancienne Fonderie des Darling Brothers à des fins de création, de production et de diffusion artistique. Depuis, le collectif s’implique dans plusieurs projets de sauvegarde du cadre bâti de l’ancien secteur industriel. Notons son implication dans le projet en cours de requalification de notre prochain exemple : la Tour Wellington.

C’est tout récemment que cette tour a fait parler d’elle dans les actualités : investi par le collectif Points de vues à l’automne dernier, cette édifice de béton blanc à la forme mystérieuse est une des portes d’entrée du quartier. Bordant le Canal Lachine, l’ancienne tour d’aiguillage des trains et des bateaux, (une fonction non des moindres !) est laissée à l’abandon depuis une dizaine d’années, tombant dans un état de décrépitude. Confrontés à cette malheureuse réalité, quatre laboratoires ont été menés en 2014 pour redessiner l’avenir de ce bâtiment iconique. Une variété de publics fut alors invité à discuter, à offrir leur regard et à s’investir, afin d’identifier ce qui se doit d’être préservé et mis en valeur pour dessiner les lignes directrices d’un nouveau projet, se voulant significatif pour la majorité. Le projet de réhabilitation devrait être prochainement annoncé. Affaire à suivre .. !

  • Le Griffintown Café : l’implication citoyenne

Situé sur la rue Notre-Dame Ouest, ce lieu à l’apparence fragile et modeste est un témoin de l’identité architecturale du quartier mais aussi de son identité sociale et communautaire autrefois très active. Il conserve une affluence quotidienne et continue depuis 135 ans.

… pour leur devenir incertain : en attente d’une nouvelle vocation, d’un regard ou d’une démolition

  • La Forge Cadieux : un propriétaire qui n’attend que sa démolition

Bordant Bonaventure, cette ancienne forge se dresse encore fragilement sur son îlot d’accueil, prête à tomber sous les coups des bulldozeurs. Pourtant, elle recèle encore en son intérieur un espace préservé tel depuis sa fermeture en 1987: le mobilier, les outils, les machines, les stylos et carnets, tout est demeuré à sa place, dotant l’édifice d’une intégrité et d’une valeur patrimoniale rares !

  • Le viaduc ferroviaire : conservation ou démolition ?

Si, après la suspicion de sa démolition, la municipalité semble avoir pour projet d’investir ces lieux à des fins culturelle, il n’en demeure pas moins qu’aucune communication n’est présentement faite. Son devenir reste donc incertain pour le grand public. Pourtant le potentiel est présent comme peuvent en témoigner un grand nombre de projets internationaux.

  • L’abaissement de l’autoroute Bonaventure : incohérences et fractures

Le projet qui vise à faire de l’autoroute un boulevard urbain par son abaissement s’oppose dans les faits à la volonté de relier Griffintown avec le reste de la ville. Barrière visuelle, circulation pédestre difficile, la rupture avec le Vieux-Port encore belle et bien présente ! (voir le Mémoire présenté par Quartier Éphémère à la Consultation de l’OCPM sur l’avenir de Griffintown, 2012).

Qu’en est-il de l’architecture vernaculaire dans tout cela ? Des maisons parsèment encore le paysage, bien fragiles par leur taille modeste et leur manque de rendement spatial. Notons la rue McGill qui préserve encore quelques vestiges, comme au numéro 470 avec cette ancienne maison d’affaire et résidence du grossiste Mathewson construite en 1850. Plus loin, la maison Keegan (1863), qui s’avère être la plus vieille habitation de Griffintown, sera quant à elle réhabilitée en hall d’entrée du nouveau complexe de co-propriétés Brickfields conçu par Maître Carré : vernaculaire intégré ou vestige effacé dans cette masse moderne ? Comment les intérieurs ont-ils été transformés pour répondre à cette nouvelle fonction ? Que lire et comprendre de cette ancienne maison ouvrière une fois réhabilitée ? La discussion est ouverte !

Pour approfondir : 

 


 

A historic industrial neighbourhood with a unique identity at the centre of current debate

© Ville de Montréal - Vue aérienne de Montréal

© Ville de Montréal – Vue aérienne de Montréal

Along the Lachine Canal, the former industrial sector of Griffintown is bordered by the Bonaventure AutoRoute as well as the Canadian National railway line; two breaks in the continuity with the rest of the city of Montreal. Today, it is in perpetual development; the question of what it will become, and what it will ultimately look like, remains a hot topic. Why did we choose Griffintown as the point of gathering for this festival; as an emblematic subject for the activities such as talks, guided visits and urban walks? Here’s why:

A milestone of modernity, this former industrial borough’s re-development has been symbolic of renewal in heritage conservation in many ways: for the consideration of vestiges of industrial heritage, for a number of archeological sites, for the tidy and modest way the century old workers home’s contrast with the massive condo towers, and the empty lots left by demolition awaiting a brutal restructuring of the landscape. Speculation on property values and gentrification have become a reality for Griffintown residents, resulting a certain gusto on the part of the municipality to loosen development regulations with sad consequences. Take for example this soon to be built condo project, whose importance relies mainly on the status of its designer, “star-chitect” Phillip Starck, than any sort of appropriate contextual integration.

Can coming years bring a turning point in this sector’s rehabilitation? We sure hope so! After much debate, in May of 2013, the city finally decided to review the urban plan it had previously agreed upon. This time, heritage concerns have been taken into consideration, ceding place to the existent historically rich structures present in the neighbourhood. However, we must thank citizen engagement, and cultural and artistic fervour for this second chance. Despite quite a bit of ill-conceived new construction and some unfortunate urban planning decisions, cultural initiators have been working in this area and founding projects of all sorts since the 1990’s. It is because of their hard work that the potential of inhabiting and enlivening the once very active streets of Griffintown has once again become possible. Additionally, these same initiators rose up against some unhappy recent decisions and defended the potential of Griffintown, which brings our focus to some of their efforts.

We invite you to discover the Griffintown of yesterday and of today, by focusing on the history, projects, and urban spaces which you will soon discover at MTL Heritage Fest.

Key moments in time:

From rural religious to industrial boom [1800-1960]

On the eve of the 19th century, the land currently known as Griffintown is naught but pastures for farmed beasts. Known as the “Nazareth Fief”, the land belonged to the well-known religious figure, Jeanne-Mance, and the future sisters of the hospital known as l’Hôtel Dieu (God’s Hotel). The pastoral landscape was profoundly transformed by the digging of the Lachine Canal (1819-1826), opening the door for economic, commercial, and industrial development. The enlargement of the canal, development of the Port of Montreal (Old-Port), building of the locks (1950s), and massive Irish immigration, contributed to the installation of a large number of factories at this spot, until the year 1961. In the years that followed, the neighbourhood would be witness to economic crisis, extreme poverty and now infamously unsanitary living conditions; but would conserve throughout its unique and essential industrial nature.

Post-industrialisation, a brutal end to a thriving sector [1960-1990]

In its attempt to turn Griffintown into an industrial park throughout the first half of the century, the city succeeded in choking the life and identity from its landscape as well. The zoning put in place at the time turned this still residential neighbourhood into an almost exclusively industrial space, and dismissed rehabilitation of the vernacular living spaces, favoring demolition of smaller buildings and homes which began to degrade with time. The urban tram, gutted of its coherence and urban continuity, lost all of its social reference points. Griffintown was a neighbourhood full of empty spaces seeking new use and parking lots. The construction of the Bonaventure AutoRoute became the next milestone to contribute to the fracturing of this landscape from the rest of the city.

Conflicting visions; In search of a present and future

At a crossroads between its industrial past and its urban potential, the neighbourhood became a playground for those wishing to incubate projects mixing conservation and new economic perspectives, which lead, for better or worse, to the confrontation between developers, citizens, artists and heritage professionals.

If historic traces of the land that built Montreal’s industrial past can be counted with the fingers of one hand, all the more reason to preserve them! Here are a few sites/projects/spaces that demonstrate the richness, potential and ambivalence of the place.

Places / projects to remember….

…for their courage, saved from demolition by current initiatives…

  • Horse Palace and New City Gas Company: the role of developers

Just like the industrial complex, New City Gas Company, was preserved through the efforts of its owner Harvey Lev, Horse Palace, “one of the oldest urban stables still in use in North America” was saved by the efforts of a financing campaign supported by a private developer.

  • Darling Foundry and the Wellington Tower: the role of the artist

Quartier Éphémère, an artist’s collective, was the first to develop an artistic pole around a rehabilitation of the Darling Brothers Foundry. Since then, the collective has been active in a number of heritage conservation initiatives in the sector, while its presence continues to draw a strong artistic scene. Notably, the Darling Foundry is involved in the rehabilitation of the Wellington Tower.

Only recently has the Wellington tower been at the center of attention; a mysteriously shaped white structure along the canal’s bike path, it is a unique feature of the entrance to Griffintown. Placed along the Lachine Canal, the former control tower was used by boats and trains alike who passed through the area, but has been abandoned for over ten years and is now in a state of advanced decrepitude. Confronted with this unfortunate reality, four creative labs came forth with designs to re-imagine the iconic building. A variety of audiences were invited to discuss, suggest and invest, with the goal of identifying what should be preserved. The winning project has been announced

  • Griffintown Café: the role of the citizen

Located on Notre-Dame Ouest, this modest looking café is a not only a symbol of the architectural identity, but also of the historically rambunctious quality and lively social community present in Griffintown; continuously inhabited for the last 135 years.

… For their uncertain future: awaiting a new use, a new look, or demolition

  • Forge Cadieux: awaiting destruction

Right along the Bonaventure is an old forge, an example of stoic fragility, ready to fall any minute to the crush of a bulldozer. However, its interior is a treasure trove of historical artefact, preserved entirely intact and in place since its closing day in 1987: tools, furniture, machine, pens and notebooks lay in the same spot they were left on that day.

  • The Railway Overpass: Conservation or demolition?

If after much suspicion of its demolition, the municipality seems to have the intention of investing in the space for cultural uses, no mention of it has been made publicly. Its future remains uncertain, despite the potential of this historic structure, as evidence by a number of well-known international projects such as the Highline in NYC.

What about the homes and other smaller, less obvious structures ? Century old homes still dot the landscape, meekly occupying modest plots of land next to incongruously large and obtrusive structures. Notably, McGill street where there are the ruins of an old home at number 470, which once belonged to the salesman Mathewson, built in 1850. Father down, Keegan house (1863), said to be the oldest home in Griffintown, will be turned into an entryway for the next Brickfields condo project by Maître Carré. Integrated or erased by modernity? What do you think? Let the discussion begin!

For more information:

 

 

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