La Forge Cadieux

Un bâtiment d’importance pour la lecture de l’histoire industrielle du faubourg des Récollets, préservé dans un environnement qui lui semble aujourd’hui bien étranger … 

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© Martin Bérubé http://brubmeda.com/

La petite forge Cadieux, qui s’élève modestement au 815 rue Saint Paul, fut construite en 1903. Elle remplace alors une première forge datant de 1886. En fonction jusqu’en 1982, elle participe aux heures de gloire de cet ancien faubourg montréalais localisé au sud de Griffintown et bien connu pour ses activités industrielles notamment métallurgiques (notons en effet qu’entre les 19e et 20e siècle, la moitié des industries en présence dans ce faubourg oeuvrait à la transformation des métaux). Mais, comme de nombreux autres bâtiments du quartier, la forge ne résistera pas longtemps à la phase de désindustrialisation qui frappe Griffintown et ses environs. Ainsi, l’année 1982 marque la fin de toute activité au sein de la forge Cadieux et avec elle, un processus de dégradation progressif et révoltant qui forgera son état actuel : un édifice à l’abandon, à l’abandon et détaché de son nouveau contexte urbain qui mêle aujourd’hui de larges voies de communication et de nombreux projets immobiliers. Une situation qui nie profondément l’importance historique de ce bâtiment industriel, son identité fondatrice mais encore et surtout sa richesse intérieure.

Protestations et incompréhension :

Face à de tels constats, quelques voix se sont élevées pour faire valoir l’intérêt patrimonial de la forge. Notons notamment l’organisme Héritage Montréal qui a fait ajouté cette dernière dans sa liste des bâtiments menacés depuis 2009. Des protestations qui semblent demeurer sans échos puisque la forge ne fait présentement l’objet d’aucun projet de mise en valeur, de revitalisation, ou encore même de reconnaissance. Pour l’heure, ce bâtiment d’échelle humaine (trois étages) se confronte à ses nouveaux voisins de béton et de verres sans aucune mesure de protection. Et c’est peu dire que de préciser que la forge souffre de son nouveau contexte : en effet, les travaux de déconstruction de l’autoroute Bonaventure qui envahissent actuellement les abords de cet ancien bâtiment industriel ne sont pas sans contribuer à l’affaiblissement de sa structure, dû aux répercutions des vibrations. Ainsi laisser à l’abandon, tout porte à penser que, si aucune mesure n’est prise, cette forge centenaire deviendra rapidement un danger public qui n’aura plus qu’une seule perspective : la démolition. Cette situation n’est pas sans faire écho à un cas récent qui marque encore profondément les esprits des montréalais : la destruction de la maison Redpath en mars 2014, jugé irrécupérable de par son état de dégradation avancé.

Allons-nous laisser encore une fois l’intérêt des promoteurs prendre le dessus sur l’intérêt de la collectivité (la valeur foncière du terrain s’avère en effet être bien supérieure à la seule valeur monétaire de cet ancien bâtiment industriel, dégradé et devenu désuet avec le temps et les désintérêts) ? Quelle mémoire allons-nous transmettre ou se rendre coupable d’effacer ? Peut-on laisser encore une fois l’économie de marché avoir raison de la préservation du patrimoine ? La forge Cadieux serait pourtant une belle occasion de montrer que les erreurs commises par le passé ont servi de leçon à l’ensemble des acteurs de la planification urbaine…

Un potentiel criant

Passé les murs de brique rouge d’une banalité insignifiante, c’est tout un trésor qui se révèle : l’intérieur a conservé son espace de travail, rongé par la rouille et couvert de poussière, mais intègre et criant de mémoire, ou de ce que l’on nomme l’esprit du lieu. Tout est demeuré en place, du fourneau de la forge aux centaines d’outils, en passant par les casquettes des ouvriers, calepins et autres traces de leur passage. Un patrimoine matériel et immatériel d’une grande richesse !

Les vocations de reprise ne manquent pas face à un environnement interne qui inspire à la créativité et à la mise en valeur d’une mémoire fondatrice de ce quartier : centre d’interprétation, centre de documentation sur les métiers du fer, centre d’étude, etc À commencer par un inventaire de l’ensemble des outils en présence, car n’oublions pas que la mise en valeur du patrimoine commence d’abord et avant tout par sa connaissance, engendrant sa reconnaissance et par la suite son appropriation.

Une reconnaissance de ce patrimoine s’impose ! Ce d’autant plus que le potentiel de la forge ne se limite pas seulement à son seul contenu. Sa position stratégique dans un secteur en revitalisation bouillonnant d’initiatives artistiques et citoyennes devrait également participer largement à lui dessiner un projet de revitalisation. Notons en effet sa proximité avec la Fonderie Darling, le Horse Palace, la New City Gas et la Tour Wellington. Une proximité qui appelle à tisser des liens entre différents témoins du patrimoine riche et varié de ce secteur. Est-il nécessaire de rappeler la relation fonctionnelle évidente entre une forge et une fonderie, ou de rappeler qu’au début du 20e siècle, un forgeron portait bien souvent la double-casquette de maréchal-ferrant ?

Enfin, mentionnons un cadre socioculturel favorable marqué par l’existence réelle et bien marquée d’un attrait pour l’art du fer : à quelques pas de la forge Cadieux, dans l’ancienne station de pompage de la rue Riverside, des artisans-forgerons réunis au sein de l’organisme Les Forges de Montréal agissent depuis 2000 à la transmission et à la reconnaissance du savoir-faire ancestral des arts du fer. Là encore, les relations à tisser pourraient servir aux uns comme aux autres; d’une forge à l’autre, le patrimoine pourrait se transmettre.

Voici donc autant d’éléments qui révèlent des possibilités de mise en valeur de la forge Cadieux bien présentes tout comme un intérêt citoyen naissant ! Elle n’attend que l’engagement d’un plus grand nombre pour être sauvée. Avis à vos idées et à l’union de vos forces pour faire pencher la balance en sa faveur !

Marc Gosselin- La Forge Cadieux- 2013- technique mixte sur bois- source - www.marcgosselin.com

© Marc Gosselin, La Forge Cadieux, 2013, technique mixte sur bois. source : http://www.marcgosselin.com

Pour approfondir :

  • LEDOYEN, Daniel, « La Forge Cadieux », Bulletin de l’Association Québécoise pour le Patrimoine Industriel, 17, n°3, automne 2006, p. 6-10.
  • Héritage Montréal, Le Faubourg des Récollets : deux cents ans d’histoire et d’architecture,
  • Ville de Montréal, Extrait du rôle d’évaluation foncière du lot 1179709, mis à jour le 28 nov. 2013.
  • PROVOST-CHATIGNY, Monique, « Les Forges de Montréal », Bulletin de l’Association Québécoise pour le Patrimoine Industriel, 25, n°1, printemps 2014, p. 34-35.
  • Site internet : Les Forges de Montréal.

 

The Cadieux Forge

The Cadieux Forge is an important testimony to the strong industrial presence that once occupied Montreal’s Faubourg des Recollets. This building, preserved intact amongst a quickly changing environment, is a rare reminder of an enigmatic by-gone era.

© Martin Bérubé http://brubmeda.com/

© Martin Bérubé http://brubmeda.com/

The modest Forge Cadieux was built at 815 Rue St. Paul in 1903, and replaced a previous forge built in 1886. Continuously in use until 1982, Cadieux Forge played a role in the shaping of the south west Montreal suburb Faubourg des Recollets, located to the south of Griffintown, noted for its industrial activity – mainly in metallurgy. Between the 19th and 20th centuries, half of the industries present in the suburb were working to transform metals. However, like most the neighbourhood’s buildings, the forge didn’t stand a chance against the rapid de-industrialisation that was to hit Griffintown and its surrounding suburbs. In 1982, all activity at the forge was ceased, and so began the slow and wearisome process of decay which explains its current state : an abandoned building, empty and detached from an urban context whose emphasis is mainly on large infrastructure and housing projects. A state, which not only belies its historic significance, but the unexpected richness of what can be found within it.

Protest and befuddlement :

Faced with this reality, some have come forward in an attempt have the heritage value of Cadieux Forge recognized. Heritage Montreal has kept it on its list of “most endangered” heritage places since 2009. Yet, these voices have gone mostly unnoticed; there is nothing planned for this place, no rehabilitation project, or restoration, nor even a vote to have it officially designated as a heritage site. For now, this human-scaled building (three storeys high) must confront its new neighbours, mostly glass and concrete structures, with no recourse or measure of protection. It would be an understatement to say that the building is being negatively affected by these developments. In fact, the work being done around the building on the Bonaventure AutoRoute has weakened the buildings structure, due to the heavy vibrations. Left to its own devices, it is easy to imagine the structure falling into ruin and being designated a safety hazard, thus leaving authorities “no other choice” than to tear it down. This kind of situation is common, and echoes a recent case which still profoundly resonates with Montreal’s Heritage aficionados; the demolition of the Redpath Mansion in March 2014 which was judged “unsalvageable” due to its advanced state of degradation.

Will this be, yet again, a case of the interest of a select few (developers) outweighing the interests of the collective and out-financing the interests of cultural wealth? The property value does indeed greatly surpass the monetary value of the building itself. What kind memory do we wish to transmit – or erase – with our actions? Will this be another situation where the rule of the Markets wins over care for the preservation of our historical treasures? Cadieux Forge would be an excellent occasion for the city’s urban planners and decision makers to show it can learn from errors in the past…

Hidden potential :

What is inside the red-brick façade which gives nothing away? A treasure trove of unexpected things. The interior has remained untouched, entirely preserved, aging with rust and covered in dust, but full of memory, or what some prefer to call “spirit of place”. Since the day the workers left in 1982, every artefact has remained in place: from the forge oven; to the hundreds of tools; pieces of their daily uniforms, like workers hats and notebooks; and all other traces of their passing. A material and immaterial legacy rich with heritage!

Possible uses for the forge are unending, with such an inspiring interior, and strong reminders of the founding uses for the neighbourhood: educational center, archive on metallurgy, study centre, etc. To begin with, an inventory of the tools and artefacts contained within it should be made, lest we forget that heritage conservation begins and ends with documentation; knowledge allows recognition, followed by public appropriation.

The proper documentation and recognition of this place is important ! Not only because of its rare contents, but also because of its strategic position as a heritage asset within an area burgeoning with new developments, as well as artists and creative types who should have a role to play it in its revitalisation. Note the proximity of the Forge Cadieux to the Darling Foundry, Horse Palace, New City Gas and Wellington Tower – other key heritage assets whose charm attracts new residents. Their proximity would suggest that the natural solution would be to create a network between them, to support the rich and varied heritage assets present. Do we require being reminded of the functional relation evident between a Forge and a Foundry, or that at the beginning of the 20th century a blacksmith-farrier had many functions?

Finally, it is housed within a socio-cultural environment ripe for a transformative initiative, characterized by the existence of an authentic and well-defined potential for a pole dedicated to metal-working; some steps away from Forge Cadieux, in the former pumping station on Rue Riverside, artisans who are members of the organisation Les Forges de Montreal (The Forges of Montreal, est. 2000) meet with the goal of promoting the ancestral art of metal work. Here again, a potential relationship could serve one as much as the other, from one forge to the next heritage can be passed down.

There you have it, the possibilities are endless for the Cadieux Forge! She awaits only appropriation and engagement, from a large enough number of citizens, to be saved. Calling all ideas and for a union of voices to sway the balance in her favour !

 

© Marc Gosselin, La Forge Cadieux, 2013, technique mixte sur bois. source : http://www.marcgosselin.com

© Marc Gosselin, La Forge Cadieux, 2013, technique mixte sur bois. source : http://www.marcgosselin.com

 

For more information :

  • LEDOYEN, Daniel, « La Forge Cadieux », Bulletin de l’Association Québécoise pour le Patrimoine Industriel, 17, n°3, automne 2006, p. 6-10.
  • Héritage Montréal, Le Faubourg des Récollets : deux cents ans d’histoire et d’architecture, 
  • Ville de Montréal, Extrait du rôle d’évaluation foncière du lot 1179709, mis à jour le 28 nov. 2013.
  • PROVOST-CHATIGNY, Monique, « Les Forges de Montréal », Bulletin de l’Association Québécoise pour le Patrimoine Industriel, 25, n°1, printemps 2014, p. 34-35.
  • Site internet : Les Forges de Montréal.
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