La Tohu, source d’inspiration pour les projets culturels

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© Muséesmontréal.org

Aux portes du complexe environnemental de Saint-Michel (CESM), dans l’arrondissement Villeray-Parc-Extension-Saint-Michel, l’édifice de la TOHU se dresse fièrement dans le paysage. Centre de « diffusion, de création et d’expérimentation »[1] des arts du cirque, ce lieu accueille en outre un des acteurs de la revitalisation par la culture de ce territoire anciennement déprécié. Renouvelant ainsi son histoire, le site joue de son passé et ses origines, qui le firent naître durant le premier quart du XXème siècle.

Du calcaire aux déchets 

Dans l’espace circonscrit entre l’avenue Papineau et la rue d’Iberville, du boulevard Crémazie à la rue Louvain, le calcaire qui forme le sous-sol de cette terre fut révélé pour la première fois en 1914, au moment de l’ouverture d’une carrière[2]. La roche sédimentaire qui en était extraite fut dès lors transformée en béton, matériau destiné à la construction de nombreux édifices montréalais. Deux cheminées érigées à cet effet marquaient alors le paysage de Saint-Michel, tandis que les constructions modernes s’élevaient au rythme des fumées au cœur de l’île. Au fil des ans, cette carrière passa entre les mains de plusieurs propriétaires, jusqu’à être acquise par les frères Miron en 1947. Connue alors sous le nom de carrière Miron, elle maintint ses activités jusqu’aux années 1960. La pollution provoquée par cette industrie devait alors être compensée par la prospérité de l’emploi qu’elle générait. Toutefois, le calcaire venant à manquer, elle ferma ses portes en 1968, passant de carrière à dépotoir.

De 1968 au début des années 2000, les trous creusés pour l’industrie de la construction furent remblayés par les restants de la société de consommation, et les fumées grisâtres laissèrent place aux effluves fétides. Contre l’assentiment des habitants du quartier, le site devint alors une forteresse à déchets, protégée par de hauts remblais qui, croyait-on, agiraient telle une frontière contre les odeurs.

Sur la voie du renouveau

En 2003, les derniers déchets furent finalement enfouis. Ils laissaient alors sous les pieds des visiteurs aventureux une réserve de méthane en puissance, à laquelle on trouva rapidement une utilité visant à redorer le blason de cet ancien site d’enfouissement urbain. En effet, en 1996 une usine de récupération de biogaz fut implantée dans la partie sud du site, alimentée par un réseau de captage de 17 km de conduits[3]. Dans le même temps, un visage nouveau se dessinait pour l’ancien dépotoir, fondé sur un projet de réhabilitation environnemental et culturel d’envergure majeure. L’idée du Complexe Environnemental de Saint-Michel (CESM), soit un parc de 192 hectares, associé à une Cité des arts du cirque, se développait, annonçant le renouveau de ce territoire à l’aube du XXIème siècle.

Émergence d’un paysage circassien 

En 1999, la Cité des arts du cirque[4] est ainsi fondée, grâce à l’initiative de trois acteurs clefs : le Cirque du Soleil, l’École national du cirque et le comité En Piste. Ensemble ils donnent une vision commune au site avec pour objectif premier de permettre à Montréal de rayonner sur la scène circassienne internationale. Pour ce faire, l’entreprise canadienne du Cirque du Soleil, née à Baie-Saint-Paul au début des années 1980, agrandit son siège social international aux abords de l’ancien site d’enfouissement. L’École national du cirque, quant à elle, s’implante en 2003 le long de l’allée monumentale aménagée à l’entrée du futur parc. Enfin, En Piste, le regroupement national d’acteurs du secteur du cirque, fonde en 2004 l’organisme à but lucratif de la TOHU dans le but d’étendre la sphère du cirque au grand public. Produisant et diffusant plusieurs spectacles par an, et animant chaque été un festival du cirque Montréal Complètement Cirque, la TOHU invite en effet les montréalais à découvrir ou redécouvrir la magie du cirque.

Le rôle joué par la TOHU dans la valorisation de discipline s’avère donc essentiel, et contribue à asseoir la présence et les diverses actions de l’organisme. Mais sa mission s’étend encore bien au-delà. De fait, son ancrage dans ce territoire tient également à son implication dans le développement durable du site du CESM.

La TOHU : acteur du développement local durable 

Consciente des besoins d’une population dite défavorisée, la TOHU a en effet souhaité intégrer l’économie sociale à sa mission, en vue de soutenir une appropriation du territoire par la population locale. Ainsi, dès ses prémisses, la présence et l’implication de la communauté constituent l’un de ses principes de fonctionnement. À cet effet, les habitants du quartier disposent notamment d’une place publique et d’accès gratuits à certains spectacles et expositions. Les employés sont également recrutés au sein de la population du quartier de Saint-Michel, contribuant ainsi à renforcer l’interrelation entre la TOHU et son environnement.

En tant que pôle d’accueil du CESM, elle promeut par ailleurs une approche durable du point de vue environnemental. Celle-ci s’exprime par son architecture qui, en plus de constituer la première salle de spectacle circulaire dédiée aux arts du cirque en Amérique du nord, forme l’un des premiers bâtiments à avoir reçu la certification LEED OR Canada[5]. Le recours à plusieurs technologies lui permet en effet de réduire significativement son impact environnemental. À titre d’exemple, la vapeur d’eau issue de l’usine de transformation des biogaz est récupérée par la TOHU pour alimenter ses conduits de chauffage. Un jardin communautaire et des ruches sont également implantés tout autour du bâtiment, enrichissant le volet environnemental du site.

Bouillonnante d’idées, la TOHU a ainsi su faire de la culture, et plus particulièrement des arts du cirque, un des piliers de la revitalisation du site des anciennes carrières en faisant converger les attentes sociale, économique et environnementale du quartier de Saint-Michel et de son futur parc appelé à devenir le 2e parc en importance de l’île de Montréal, après le Mont-Royal. Un exemple qui devrait davantage inspirer à l’heure de définir la place de la culture dans nos sociétés contemporaines.

Sources :

[1] « À propos », site Internet de la TOHU : http://tohu.ca/fr/a-propos/.

[2] Propos Montréal, « Le centre de soccer de Montréal, 21 août 2013, en ligne, http://proposmontreal.com/index.php/le-centre-de-soccer-de-montreal/

[3] Montréal, Service de l’environnement, Entente entre la ville de Montréal et Biomont Énergie Inc. pour la valorisation du biogaz du CESM, (présentation au Comité Exécutif), 13 mai 2015, p. 5, en ligne [document PDF], http://ville.montreal.qc.ca/documents/Adi_Public/CE/CE_DA_ORDI_2015-05-13_08h30_Biomont_-_Presentation_-_13_mai_2015_-_PUBLIQUE.pdf.

[4] « Cité des arts du cirque », site Internet de la TOHU, http://tohu.ca/fr/a-propos/cite-des-arts-du-cirque/.

[5] « La TOHU bâtiment vert », site Internet de la TOHU, http://tohu.ca/fr/a-propos/la-tohu-batiment-vert/.

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